Franchir les dunes

Portrait de TOURREILLES Jean-Marc

Autant rouler sur les pistes parait simple au débutant, autant le franchissement des dunes peut le remplir d’inquiétude. Quelques conseils peuvent vous aider à aborder la difficulté avec plus d’efficacité et de sécurité.

Tout d’abord, quelques remarques utiles :

  • Le sable n’est pas toujours mou. Il est même en général plutôt dur au Sahara, mais pas partout. Apprenez à repérer les zones infranchissables avant de vous y aventurer.
  • Le plus important pour franchir est de dégonfler les pneus. En abaissant la pression, vous avachissez le pneu et celui-ci offre une plus grande surface au sol : le poids de la voiture se répartit donc sur plus de cm2, et les roues s’enfoncent moins.
  • L’élan est la meilleure et la pire des choses : indispensable pour traverser les zones molles, il devient très dangereux au sommet des dunes, qui servent alors de tremplin.
  • L’obstacle s’attaque toujours de face.

 

La consistance du sable

Le sable est très variable, tant dans sa granulométrie que dans sa consistance. Sa couleur peut aussi jouer dans le franchissement, en pénalisant plus ou moins la perception des reliefs à certaines heures de la journée.

On trouve des variations à l’échelle des ergs, et des variations locales. Les ergs présentent généralement une certaine unité, perceptible au bout de quelques heures. Les dunes d’un même erg se ressemblent un peu, et petit à petit, la meilleure façon de les franchir vous apparait. Ce qui se trouve derrière une dune commence à être prévisible, et vous pouvez commencer à faire des hypothèses et des anticipations. Bien sûr, il faut rester prudent et savoir faire une reconnaissance à pied de temps en temps, mais au fur et à mesure que vous passez du temps dans un erg, vous percevez mieux ses pièges et sa structure.

A l’échelle locale, vous pouvez vous faire piéger par des zones de sable mou au milieu d’un erg au sable très dur. Il y a typiquement deux zones qui sont souvent molles :
les creux entre des dunes de taille petite ou moyenne,
les sommets, à deux ou trois mètres de la cassure.

Les faces sous le vent, où le sable dégouline du sommet sont, elles, toujours molles, et infranchissables en montée au-delà d’un mètre cinquante ou deux mètres de hauteur.

Si une zone s’avère difficile à traverser, vous pouvez essayer de passer au plus près de la base d’une dune, le sable y est parfois un peu plus dur, tassé par le poids de sable.

Il n’y a cependant pas de règles. Les variations d’aspect peuvent vous aider à prévoir la dureté du sable devant vous, mais sans aucune fiabilité.

La conduite

La première chose à retenir, c’est que le sable n’offre qu’une faible portance, mais surtout aucune cohésion. La puissance n’a qu’un intérêt relatif si vos roues patinent et creusent le sable : vous vous enfoncez encore plus, la résistance à l’avancement augmente, vos roues creusent encore plus, et ainsi de suite jusqu’à l’arrêt, posé sur le ventre.

L’élan est donc important. La puissance sert surtout à accélérer vite si votre course d’élan est courte, mais une fois dans le mou, elle vous permettra tout au plus de "sombrer" un peu moins vite. L’analogie avec un bateau peut être faite : pour franchir le sable mou, votre véhicule doit "déjauger", c’est-à-dire se hisser au dessus du fluide, ici du sable, pour limiter son déplacement. La résistance à l’avancement étant plus faible, vous avez moins besoin de puissance aux roues.

Il y a plusieurs conséquences logiques de ce manque de consistance et de cohésion du terrain sableux.

  • La première, c’est que des pneus dégonflés seront plus mous et épouseront mieux le sable, sans le heurter et détruire exagérément la fine couche superficielle un tout petit peu plus dure. Des pneus ballons, gros et mou, comme ceux des quads restent plus en surface que des pneus durs et renforcés taillés pour la caillasse. Des pneus faiblement sculptés creuseront moins. Des pneus larges, en offrant plus de surface au sol, s’enfonceront moins, mais ils pousseront plus de sable devant eux, ce qui peut annuler l’avantage si le moteur ne suit pas.
  • La seconde conséquence, c’est que dans le sable, il faut conduire très souplement, un peu comme sur le verglas ou dans la boue. Il faut aussi sentir l’adhérence sous ses roues, pour se relancer chaque fois que c’est possible, et relâcher un peu dans les secteurs sans cohésion, sans excès tout de même. Il faut des watts, certes, mais dispensés avec régularité et souplesse, en restant vigilant à ne pas faire patiner les roues.
  • Le troisième corrollaire, c’est que le poids est un ennemi, puisqu’il enfonce le véhicule dans le sable. De mon expérience personnelle, il semble même qu’il y ait un effet de seuil. En faisant descendre un passager, même léger, vous pouvez passer aisément alors que vous avez échoué auparavant. Chaque kilo gagné sur votre véhicule réduit donc vos efforts de franchissement.
  • La quatrième conséquence est que si le sable n’offre pas de motricité, il n’a pas non plus de résistance face aux dérives latérales de vos roues. Il est donc très important pour votre sécurité d’attaquer les obstacles bien de face. Sinon, dès la première perte d’adhérence, votre véhicule va glisser et risque de se mettre en travers, donc en dévers. Si vous insistez encore, les roues les plus basses dans la pente, supportant le plus de poids, vont creuser plus sous elles que celles en haut et votre dévers va atteindre des angles extrêmes. Le risque est alors très important de partir en tonneau. Le dégagement d’un véhicule parti en travers d’une dune est une opération délicate et dangereuse (voir l’article suivant) ; il vaut donc mieux éviter de se retrouver dans ce cas de figure.

La technique de franchissement

Le franchissement d’une dune se déroule en 6 phases :

  1. Prise d’élan
  2. Ascension
  3. Arrivée au sommet
  4. Observation
  5. Bascule
  6. Descente

Détaillons-les.

La prise d’élan

On l’a vu plus haut, le sable n’offre qu’une faible motricité. L’élan est donc indispensable pour franchir les zones les plus pentues, quelle que soit d’ailleurs la hauteur de la dune à partir de deux mètres.

La course d’élan idéal vous permet d’arriver au sommet quasiment sur l’erre. Autant dire que c’est rare, mais les petites dunes autour de Ksar Ghilane (Tunisie), ou dans certains coins de l’Oubari (Libye), et d’une manière général les dunes rondes de 4 à 10 mètres de haut sont d’excellents terrains d’entrainement.

Si le sable est mou, il va falloir envoyer la sauce, mais sans creuser. Si c’est vraiment trop mou, vous ne grimperez pas.

Le but de cette prise d’élan, dans la plupart des cas, n’est pas d’arriver au sommet, mais de vous donner une réserve de vitesse pour attaquer l’ascension proprement dite.

L’ascension

Dans les grandes dunes (plus de 100 mètres), l’ascension est longue. Plus vous avez de vitesse initiale, plus vous avez une chance d’arriver au sommet. Heureusement pour nous, les grosses dunes font un tel poids que le sable de la base, et même d’une grande partie du versant, est généralement dur.

La transition entre la prise d’élan et l’ascension est souvent incertaine. Il y a cependant un moment où vous ne parvenez plus à prendre plus de vitesse. Votre priorité à partir de là est de conserver celle que vous avez le plus longtemps possible, quitte à rétrograder rapidement, en faisant attention de ne pas louper une vitesse. Avec une boite automatique, ce rétrogradage est facilité, puisqu’il est automatique, mais une bonne boite manuelle convient très bien à condition d’être rapide.

L’arrivée au sommet

Nous approchons du sommet. A une dizaine de mètres de la cassure se trouve généralement une zone assez molle, qui fait 3 à 7 mètres. Il faut donc conserver sa vitesse jusqu’au bout, et ça, c’est un peu stressant. En principe, mais pas toujours, la voiture va patauger un peu à l’approche du sif (la cassure au sommet), puis vous allez retrouver de la portance et de la motricité.

Le problème est donc délicat : il faut conserver suffisamment d’élan, mais pas trop pour pouvoir s’arrêter au sommet. C’est la phase la plus délicate et la plus dangereuse du franchissement, et non pas la descente, qui est plus impressionnante mais moins périlleuse.

Vous devez approcher ce sommet de face. Si votre véhicule touche au sommet entre les roues avant et arrière, il suffit de quelques coups de pelles pour le dégager. Mais n’essayez pas de ruser en franchissant de biais, comme on le fait en tout-terrain par chez nous. Il y a derrière le sommet une grande descente de sable mou dans laquelle votre pouvoir directionnel est quasi nul, et il est illusoire de redresser la trajectoire dans la descente.

Au sommet, vous passez les roues avant et vous arrêtez votre véhicule en le conservant dans un tel équilibre qu’il puisse faire marche arrière, même si vous n’êtes pas le premier à passer. Le véhicule qui vous précède a peut-être un problème qui nécessite de votre part de pouvoir vous arrêter immédiatement. Par ailleurs, un meilleur passage existe peut-être ailleurs.

Une position en léger déséquilibre avant est la meilleure, l’adhérence se trouvant uniquement sur les roues arrière.

L’observation

Vous êtes en pause au sommet. Vous avez le temps de regarder autour de vous. Non seulement c’est sûrement très beau, mais vous avez surtout une belle vision d’ensemble de la suite, surtout si vous êtes assez haut. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il faut toujours essayer de monter le plus haut possible, et non passer par les cols. D’abord, descendre n’est jamais un problème, ensuite vous voyez loin. Profitez-en pour mémoriser le kilomètre suivant.

Regardez la pente en-dessous de vous. Si elle semble de biais, atendez-vous à ce que votre véhicule parte en crabe. Les petites remontées en bas de descente risquent de vous planter le museau dans le sable. Ce n’est pas toujours facile à voir. Si vous avez un doute, essayez ailleurs, mais au minimum, allez-y mollo, pour ne pas tout casser à l’avant et vous envoyer la figure dans le parebrise. S’il y a des herbes en bas, attendez-vous à ce que de nombreuses racines fassent de fortes irrégularités de terrain et vous secouent comme un cocotier, au risque de vous faire perdre le contrôle de votre véhicule si vous arrivez trop vite.

La bascule

Maintenant, il faut descendre. Vous mettez la première, et vous basculez doucement. la voiture va plonger d’une quarantaine de degrés, ce qui est impressionnant au début. Les roues avant vont s’enfoncer presque jusqu’au moyeu dans un sable très mou. Leur pouvoir directionnel est presque nul et elle doivent être le plus droit possible dans la pente.

La descente

Ne prenez pas de vitesse. Vous devez pouvoir vous arrêter instantanément. En fait, la voiture seule ne dévalera pas la pente si vous calez le moteur. Vous contrôlez la progression par petits coups d’embrayage, en laissant bien les quatre roues s’enfoncer dans le sable. C’est cet enfouissement des roues qui vous freine.

Pour contrôler votre vitesse, ne dépassez pas celle de la plaque de sable qui descend avec vous, en coulant comme de l’eau. Soyez persuadé qu’un véhicule qui descend tout shuss finira en tonneau tôt ou tard.

Votre deuxième priorité est de rester dans l’axe de la descente. Si votre véhicule commence à partir en travers, arrêtez-vous, sortez la tête par la fenêtre et tournez les roues vers la descente avant de reprendre encore plus doucement.

Le premier tiers est le plus impressionnant. Vous êtes en haut de l’abîme, et l’angle est le plus important. Rassurez-vous, il n’y a pas de falaises dans le sable et les pentes ne dépassent guère les 35°.

Les deux tiers suivant sont plus dangereux, car on se relâche. Ces deux tiers les plus bas de la descente ont en général un terrain plus dur, et le véhicule peut prendre exagérément de la vitesse. Méfiez-vous. D’une part, le manque de repères habituels vous fait mal estimer votre vitesse réelle, et d’autre part il y a souvent un sol défoncé en bas des dunes : rides de vents ou barcanes, herbes à chameau, gypse peuvent vous faire sauter à un mauvais moment, car vous êtes encore loin d’être à l’horizontale.

Pour finir, une petite astuce

Il est généralement admis que le sable est plus dur au petit matin, puis devient plus mou aux heures chaudes. Ce n’est qu’en partie vrai.

En effet, au petit matin, l’humidité ambiante (oui, il y en a) due à la condensation durcit un peu le sable.

Mais ce qui change surtout avec la chaleur, c’est la pression intérieure de vos pneus. En roulant dans le sable, vous échauffez vos pneus, par frottement et pas contact.

La pression d’air de vos pneus croît, et votre portance diminue. Il faut donc vérifier votre pression d’air plusieurs fois par jour et l’adapter à leur température réelle. Dégonflez vos pneus en cours de journée, à partir de 10 ou 11 heures du matin, et pensez à remettre un peu de pression dans l’après-midi pour éviter de déjanter ou d’abîmer vos pneumatiques.

Faites aussi attention le matin, au départ, vos pneus sont froids et probablement très dégonflés. Alors, pas de coups de gaz violents tant qu’ils n’ont pas tiédi. 

Les documents de l'article


Animation de principe

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La calculette à pneus

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Commentaires

Portrait de CALMETTE Jo

 Et pour ceux qui n'ont pas tout suivi... encore plus long!

 

Il faut déterminer la trajectoire finale pour franchir une dune,  elle est  un compromis entre le cap souhaité, le terrain subi, les performances de la voiture et celles du pilote. Une surface de sable vierge me sert de tableau et je dessine les schémas nécessaires dans chaque situation puis répond aux questions.
- Je déconseille les démarrages en côte. C’est le cas d’ensablement le plus courant. Mieux vaut reculer jusqu'a une zone plate, engager le rapport adapté à l'obstacle, choisir un régime moteur au couple maximum. Ces deux paramètres varient selon les véhicules: un quatre cylindres de 3.0 litres développant 120cv obtient de bons résultats en première longue. Le même moteur, plus récent muni d'une injection "Common rail" développant 165 cv devra utiliser le seconde ou troisième courte et un régime plus élevé pour obtenir le même résultat. Un six cylindres de 4.2 litres sur un véhicule lourd devra évoluer en seconde courte à un régime bas et constant.
Je fais une parenthèse concernant les véhicules équipés de BV automatiques. Les BVA de la plupart des modèles possèdent des fonctions avancées qui réduisent la gestion automatique, il ne faut pas hésiter à les utiliser en particulier en condamnant les changements de rapports intempestifs, il faut jouer uniquement sur le régime moteur. 
- Je démontre que les cotes doivent être « attaquées » de face le plus perpendiculairement possible à l'axe du cordon dunaire. En cas de patinage provoquant la mise en dévers il faut renoncer immédiatement et reprendre à un autre endroit. Jamais dans les sillons d’un échec.
La progression au cap, en ligne presque droite, est  possible si l’on est dans le « sens » de l’erg mais  souvent impossible à contre sens ou les pentes excédent parfois 45°. La tenue du cap ne doit pas être une obsession. Souvent de longs détours s’imposent et il faut louvoyer entre les cordons puis corriger l'écart de route pour éviter de parcourir des distances inutiles. 
- J’explique comment arrondir amplement une trajectoire et doser la montée en régime pour éviter la mise en appui brutale du véhicule sur le coté extérieur dans une courbe. 
-    J’indique comment préparer sa trajectoire pour se mettre en ligne afin ne pas avoir à braquer les roues dans la phase critique d’une montée. L'attaque doit se faire roues droites. 
Les changements de direction violents, souvent injustifiés, engendrent des transferts de masse  provoquant l’enfoncement des roues du coté extérieur de la courbe. 
Sous la pression subie  elles creusent plus et sont  gênées par une « marche » de sable qui se forme devant elles telle une cale. Elles  ont tendance à forcer puis à ralentir provoquant via le différentiel un transfert de puissance excessif du coté opposé. C'est l'ensablement latéral partiel qui se résoud par une lente marche arrière ou la pose d'une seule plaque du coté ensablé aidé par le blocage de différentiel qu'il faut enlever à la première occasion. 
Les blocages de différentiel ou les dispositifs de glissement limité résolvent donc ponctuellement ce problème.
Dans le cas d'un ensablement frontal, il convient de placer les plaques de désensablage  avoir dégagé les roues. Il ne faut jamais essayer de repartir dans le sable contre une pente même si le sommet est proche. Si  toutefois la situation l'exige il vaut mieux tenter un remorquage par un véhicule situé de l'autre coté de l'obstacle.
- Avant de nous élancer, examinons le terrain. Evitons les trajectoires erratiques qui font tanguer le véhicule d’un bord sur l’autre et augmentent la pression un sol à chaque changement. La consigne  du franchissement en montée dans le sable est: roues toujours droites.
 
 
Choix d’un point de franchissement :
 
-Le point de franchissement est choisi par l’ouvreur, je fais en sorte que tous les participants soient ouvreurs à tour de rôle pendant la phase de démonstration. Je les guide et les conseille par radio pendant leurs premières évolutions.  Le reste du groupe reste avec moi sur un point haut pour observer et commenter les options choisies par l'ouvreur.
 
-L’ouvreur doit faire un compromis tenant compte du cap à conserver et choisir la hauteur de franchissement adaptée aux performances de son véhicule. Ce point doit présenter suffisamment de dégagement pour pouvoir prendre de l’élan en se positionnant roues droites, ou  pour  pouvoir effectuer une manœuvre de remorquage en cas d’ensablement. 
Une démo de remorquage est faite : Véhicules en ligne (du mieux possible) pour un maximum de d'efficacité, première tension de la remorque, entente par radio ou coup d’avertisseurs entre le remorqueur et le remorqué puis traction en puissance. Fin immédiate de traction  dés que le véhicule ensablé a bougé pour ne pas rouler sur la sangle de remorquage.
-J’explique pourquoi il faut choisir pour évoluer, si elles existent, les zones ou subsiste une maigre végétation : Si les touffes d’Alfa ou les maigres buissons survivent dans les dunes c’est qu’ils sont situés sur des emplacements ou le sable ne se déplace peu ou pas au gré des vents, ils sont implantés sur un sol ferme qui se situe du coté du vent dominant. C'est la que le sable est plus porteur que le reste de l’environnement
 
-Les premiers véhicules cassent l’angle vif du « sif » en l’arrondissant. Ils favorisent le passage de ceux qui ont un empattement plus long et qui de ce fait auraient tendance à se poser sur le châssis. Par manque de puissance on peut aussi choisir un passage vierge ou le sable plus porteur, pas encore  labouré, mais au risque de trouver une arête très vive au sommet. Dans ce cas il faut par essais successifs déterminer le point de coupure de gaz pour éviter l’envol. 
 
 
Ayant, avec le reste du groupe  une vision plus en retrait, je les conseille en fonction de leur capacité à suivre et des dégradations du terrain dues aux passages successifs pour choisir les options que nous allons prendre. 
Devons nous rouler précisément dans la trace de l’ouvreur ? Si possible non, le moteur force moins sur du sable plat que dans des ornières de sable mou déjà remué mais il n’y a parfois pas de meilleure option dans les passages étroits. En cas de groupe important pensons que le dernier de la file se trouve en permanence dans un « chantier » d’ornières profondes garnies de sable bien remué. Il vaut mieux positionner les véhicules puissants et  les plus longs, en fin de convoi. Je demande, dans les zones plates, de ne pas multiplier les trajectoires car ces traces dans plusieurs directions égarent les derniers véhicules du groupe et les font se présenter sous des angles d'attaque rendant impossible la montée.
 
Je fais régulièrement un retour pour reprendre les bases théoriques en fonction des situations rencontrées:
 
Pour circuler dans un erg (succession de cordons de  dunes).
-Chaque cordon de dunes à sa spécificité, mais je décris un profil  moyen :
Le coté situé aux vents dominants est bosselé, tourmenté et composé d’une succession de dunettes, séparées d'entonnoirs et de cuvettes. Ces dunettes permettent de monter par paliers tel un escalier mais dont les marches ni alignées ni uniformes. 
Une fois le sommet (Le sif) franchi c’est une grande descente lisse de sable poudreux.
Si les véhicules puissants n’ont pas besoin de prendre de l’élan, les véhicules lourds ou sous motorisés doivent se présenter à la base de la pente avec une vitesse suffisante mais n’engendrant cependant pas de choc violent au moment du passage de l’angle d’attaque. C’est ce choc qui comprime les ressorts et qui au moment de leur détente provoque un impact entraînant une variation importante de la pression au sol. Le dosage de l’accélération est donc primordial, il est plus simple de procéder crescendo en plusieurs fois, que de risquer le vol plané. En cas d’échec de progression il faut revoir à la baisse la pression des pneus. Un kilo parait le maximum, huit cent grammes le bon compromis, quatre cent gramme la solution extrême. (Regonfler de suite)
Lorsque l'essieu avant  franchit le « sif » (sommet ou crête) il faut couper l’accélération et seulement à ce moment là, puis reprendre après le basculement le régime adapté pour conserver le pouvoir directionnel afin de maintenir le véhicule dans l'axe de la descente. L’usage réflexe des freins est fortement déconseillé. J’indique le choix du rapport à adopter selon la qualité du sable et le pourcentage de la pente à dévaler. 
En cas de « plantage » au sommet d’un sif ne jamais insister pour repartir car le véhicule est posé sur le châssis. Il faut dégager le châssis et effectuer un remorquage en avant ou en arrière selon la situation. Cette manœuvre évite de sortir pelles et plaques…
 
-Avant de quitter le point haut, je profite de la visibilité offerte, pour rechercher le point de passage le plus évident dans la montée du cordon suivant. Je demande aux stagiaires de faire systématiquement cette observation avant toute descente. 
-Dans le cas ou plusieurs véhicules se suivent, il est bon de laisser au point de bascule  le plus haut, un coordinateur. Il communiquera le feu vert pour s’élancer aux autres véhicules seulement lorsque le terrain sera visiblement dégagé dans la descente. Cet emplacement offre, en plus du  point de vue, par son altitude l’avantage d’obtenir des liaisons radio dans les meilleures conditions. 
Nombres d’accidents matériels viennent de l’inobservation de cette précaution.
- C’est le véhicule ouvreur qui doit donner l’ordre de cesser la progression en cas de danger.
 
J'impose de ne jamais lancer un véhicule dans un franchissement tant que nous ne sommes pas certains que la trajectoire prévue n'est pas totalement dégagée de l'autre coté. Dans le doute une reconnaissance à pied s’impose.
 
Dans les zones de forte fréquentation,  où l’on circule dans de véritables rails, exemple l’erg d’Oubari en Libye et la zone des sources en Tunisie, les accidents par chocs frontaux sont fréquents entre des véhicules qui se lancent dans le franchissement en se croyant seuls au monde. Les demi-tours doivent être signalés par radio  ainsi que la présence éventuelle de véhicules à contre sens. Dans ce cas tout le groupe doit s’immobiliser. 
 
Et si vous en voulez encore je peux vous faire la conduite sur piste rapide dans un prochain numéro, j'ai du stock!

 

Portrait de CALMETTE Jo

 Dans la série comment faire long, j'ai ça aussi:

 

 

 
Au pied des premières dunes, je demande de stationner les véhicules assez loin de la zone d'évolution, je fais stopper les moteurs, et demande aux participants  de me suivre à pieds.  Quand ils sont tout présents, je demande l'attention de chacun et je décris l'obstacle à franchir et énonce la méthode à utiliser dans chaque phase  du franchissement pour obtenir le résultat sans prise de risque.
Je demande aux candidats de me suivre à pied pour leur indiquer la chronologie de la progression: 
Choix de la pression des pneus pouvant descendre jusqu'à 0.8Kg, choix de la trajectoire, mise en ligne du véhicule permettant une attaque de l'obstacle le plus perpendiculairement possible à la crête. Sélection d'un rapport court et évaluation de la distance prise d'élan, maintient du régime ou diminution en cas de début de patinage, coupure des gaz dés que le train avant à franchi le sommet. Les différentes phases sont illustrées si besoin par un dessin sur le sable.
Je prends place comme copilote dans le véhicule d'un stagiaire, je vérifie sa position de conduite. Je contrôle le bouclage des ceintures. Je lui demande de lancer son véhicule en seconde courte avec un régime de 2000 tours maxi pour faire un premier essai au couple. Pendant la durée de l'ascension je lui demande de réduire légèrement la puissance en cas de début de patinage puis de remettre les gaz progressivement jusqu'à la coupure quand le train avant franchit la crête (ou Sif). Je précise que les variations de régime doivent se faire en douceur.
Si la coupure est prématurée le véhicule reste immobilisé en perte totale d'adhérence car posé sur le châssis. (Je  ce qu'est l'angle ventral) Dans cette situation je demande de ne jamais insister pour ne pas creuser davantage sous les roues.
Deux possibilités s'offrent à nous:
 
-Je considère que le véhicule est isolé et ne peut compter que sur ses propres moyens, je demande de dégager les roues pour positionner quatre plaques de désensablage. Une fois les plaques engagées sous les pneus, il faut dégager le dessous du châssis jusqu'à obtenir l'appui des pneus sur les plaques. Si le véhicule est pourvu de blocages de différentiel je demande qu'ils soient enclenchés.
A ce stade je fais venir les autres participants afin qu'ils choisissent dans quel sens la tentative de redémarrage doit avoir lieu. 
J'écoute leurs arguments puis je leur demande de venir sur le sif pour bien leur expliquer que c'est l'inclinaison du véhicule qui doit guider leur décision. Si le véhicule est légèrement inscrit dans la descente, c'est vers l'avant qu'il faut manœuvrer, si son inclinaison indique qu'il est encore en phase ascendante il faut reculer. Je leur indique de ne jamais reprendre la progression dans le sens de la montée dans le sable poudreux qui est toujours présent d'un coté du sif. Dans tous les  cas j'indique que l'embrayage doit être progressif et le régime moteur se situer à la limite du calage.
Je demande à tous de s'écarter et de ne pas rester dans l'axe du véhicule car il arrive que les plaques de désensablage soient projetées. 
 
-Si le véhicule fait partie d'un convoi, je fais revenir le véhicule qui le précède pour le tracter en profitant de son poids dans la descente. Cette solution est de loin la plus rapide mais une  de traction demande quelques précautions. Je fais positionner le "remorqueur" à quatre à cinq mètres sur l'avant, j'installe l'élingue de remorquage en utilisant le minimum de longueur et l'installe sur des points d'encrage résistants, jamais sur des crochets rapportés faisant partie d'un "pare buffles" mais sur le châssis directement. Je demande aux deux véhicules participant à la manœuvre  de coordonner par radio la mise en tension de la remorque en douceur. Le remorqué a une vision de la tension, c'est lui qui doit donner l'ordre de la montée en puissance et embrayer au même moment. Je leur indique de cesser la traction dés que le véhicule remorqué a bougé de sa position pour ne pas rouler sur l'élingue ou la sangle de remorquage, de la décrocher immédiatement puis que le "tracteur" dégage la trajectoire le premier.
 
Je procède ainsi avec tous les stagiaires débutants, il me faut ensuite leur faire prendre confiance pour leur faire vaincre l'appréhension de la descente, parfois impressionnante, une fois que le véhicule a basculé la crête franchie. En cas de doute je demande au copilote de se placer au point haut pour indiquer le point de bascule le moins risqué.
Je répète une fois de plus que, ce n'est pas forcément celui qui est posé sur le châssis en haut du Sif par manque d'audace qui a tort, mais celui qui par excès de vitesse s'est envolé sur la crête et a atterri n'importe comment de l'autre coté avec des dégâts.
 

 
 
 
 

 

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