Introduction à la préparation des véhicules

La conduite tout-terrain impose aux voitures des contraintes que tout le monde imagine peu ou prou : avoir quatre roues motrices et être solides. La particularité d’un raid est d’être un long voyage en autonomie presque complète. Le véhicule doit donc être confortable et spacieux, car on va y vivre plusieurs semaines. Il y a donc des équipement incontournables à prévoir.
Votre véhicule doit être performant sur la route car les étapes de liaisons peuvent emprunter des autoroutes et des routes tout à fait normales où il est inutile de perdre du temps. Il doit avoir une forte charge utile, car les quantités de gas-oil et d’eau emmenées sont importantes : 100 litres d’eau et 200 à 300 litres de gasoil (mais parfois 400 l d’eau et 800 l de gasoil pour certaines destinations très peu peuplées), auxquels il faut rajouter la nourriture pour deux semaines, les affaires personnelles, un peu d’outillage, des plaques de désensablage, des roues de secours, des pelles, des sangles, et pas de raton-laveur, parce qu’il consomme trop d’eau. Les suspensions doivent être renforcées et le moteur doit être puissant, mais il vaut mieux éviter les choses trop compliquées à réparer. L’Africain est le roi de la soudure, certes, mais il est un peu léger en électronique embarquée.
En Afrique, le carburant est généralement peu onéreux (aux alentours de 20 à 50 centimes d’euros), mais dans les pays chauds, il est prudent d’avoir un véhicule diesel, car il consomme moins (ce qui évite de devoir emporter trop de carburant, donc trop de poids), et son carburant n’est pas explosif. Comme la qualité du carburant est souvent sujette à caution, et que nos moteurs modernes supportent de plus en plus mal le gasoil à grumeaux, il convient absolument d'installer un filtre à gasoil décanteur de type Raccor.
Pour le transport de l'eau et du carburant, il faut prévoir au minimum des jerrycans, métalliques pour le gasoil, polyéthylène pour l'eau. Le mieux est d'avoir un réservoir supplémentaire juste derrière les sièges avant, car c'est le meilleur endroit pour le centre de gravité, mais on peut aussi le placer sous la voiture, si possible en position centrale. Pour l'eau, préférez des jerrycans, car la surveillance de la consommation sera meilleure, et il n'est pas toujours facile de refaire les pleins: il peut être utile de pouvoir sortir les jerrycans pour faciliter le remplissage.
Parmi les accessoires de confort, une climatisation est très agréable, pour la chaleur bien sûr (mais il ne faut pas la régler trop fort sous peine d’angine), mais surtout pour pouvoir rouler vitres et ventilation fermées dans le fech-fech.
Les pneus doivent être solides, évidemment. Ceux qui en ont l’air ne le sont pas toujours. Nous avons retenu pour notre part des BF Goodrich, des pneus qui paraissent plus adaptés à des Jeep de St Tropez qu’à des gros vaisseaux du désert, mais le fait est là : c'est un pneu solide, qui résiste à beaucoup de mauvais traitement, à commence par les basses pressions, les pierres et même les déjantages quand ça arrive. Bref du bon matos américain. Un point important : des véhicules de même marque et pouvant échanger leurs roues est un avantage dans un groupe, ce qui permet d’emmener moins de roues de secours par véhicule. Et une roue, c’est gros et c’est lourd.
Un compresseur est indispensable pour regonfler les pneus dès le retour sur le bitume, ou pour passer des zones de cailloux. L’idéal est qu’il soit à poste sur la voiture, et il y a trois options : le compresseur de climatisation modifié (très bien, mais on n’a plus de clim’ et il faut faire tourner le moteur pour comprimer de l’air, ce qui interdit de nettoyer son propre filtre à air à la soufflette), le compresseur à moteur essence (pénible à vivre car bruyant et parfois capricieux, mais ça vous gonfle 16 roues en 5 mn), le compresseur électrique à poste (commode, mais lent et bouffeur de batterie). L’idéal existe : les Hummer (véhicules militaires américains) et les camions Tatra disposent d’un compresseur sur le moteur, et d’un système de réglage de la pression des pneus au tableau de bord. D’un doigt, vous montez ou baissez la pression des pneus, tout en roulant. En cas de crevaison, ça peut être utile. Il existe des dispositifs à monter sur nos 4x4, mais c’est assez cher, et la fiabilité reste à démontrer. Je ne connais qu'une personne qui ait utilisé cela, il en est content, mais il faut tout de même un très bon compresseur pour que les clapets fonctionnet, et il faut faire attention dans ls zones broussailleuses, car l'air arrive par des tuyaux extérieurs aux ailes, qui rejoignent le moyeu à joint tournant. Personnellement, je trouve ça un peu hasardeux, mais si quelqu'un sait fabriquer un truc sans tuyaux extérieur à un prix correct, je prends.
Les plaques de désensablage : il en faut 4 par véhicule au moins, le bon nombre étant 6 (une par roue, plus deux que l’on peut mettre devant les premières pour faire une train de plaques dans le sable mou). A fixer à l’extérieur du véhicule sur des supports spéciaux sûrs et pratiques, car on s’en sert beaucoup si on sort de la piste et si on fait un peu de choses sérieuses. Les gens qui disent "on n'a jamais sorti les plaques", je crois surtout qu'ils ne sont pas sortis de la ppiste, ou qu'ils ont fait des trucs hyper facile, parce que les lois physiques font que de temps en temps on se plante, même si on est un dieu du 4x4. Idem pour les pelles (une par personne, non mais...). Prévoir aussi des sangles d’une résistance de 10 tonnes par voiture, pour une logueur de 40m, ce qui est un minimum. D’abord parce que la distance entre le véhicule à tirer et le véhicule tracteur peut être grande (si vous glissez au fond d’un trou, vous pouvez vous retrouver à 30 m du sommet), ensuite parce qu’on en casse beaucoup, surtout si elle ont quelques années (le soleil fragilise les fibres synthétiques). Quant au treuil, c’est lourd et dangereux. Un câble qui casse peut trancher une jambe ou un bras en fouettant ; c’est déjà pas marrant en France, dans le désert, c’est la mort assurée. Au minimum, il faut faire dégager tout le monde autour du câble et jeter une couverture ou une serviette sur le câble.
Il faut aussi prévoir une popote complète et facile à mettre en oeuvre, car l’inconfortable devient vite insupportable en voyage. Il faut pouvoir manger vite et bon. Le mieux est une cantine posée sur la tranche dans laquelle on aménage des compartiments. En ouvrant le couvercle, tout est en place et protégé du vent. En le fermant, rien ne risque de se renverser. Pour le couchage, certains apprécient le confort des tentes de toit, mais il faut bien reconnaitre qu'à quelques exceptions près, elles sont très lourdes, surtout pour un truc aussi haut placé. Mieux vaut dormir dans la voiture ou dans une tente: le modèle "2seconds" de Decathlon a un franc succès au Sahara.
Les moyens de navigation les plus importants sont dans l’ordre : des cartes fiables et si possible des photos satellites des zones de dunes (beaucoup plus accessibles depuis la naissance de Google Earth), un GPS et éventuellement un compas compensé. Prévoir une bonne vieille boussole au cas où vos joujous auraient des états d’âme, et une bonne montre à quartz étanche. Une radio-émettrice par véhicule, de préférence VHF, car ce sont les seuls modèles qui marchent toujours et partout, est indispensable pour la sécurité et la convivialité, mais pose des problèmes dans certains pays. Il faut donc prévoir un minimum de discrétion si votre sécurité impose de vous en équiper.
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